Les noirs d'Odilon Redon25/05/2011
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Jusqu'au 20 juin, les murs du Grand Palais sont hantés d'une foule de chimères fugitives : les songes d'Odilon Redon, qui ne colore son oeuvre énigmatique qu'à la cinquantaine passée.
Jusqu’au 20 juin, les murs du Grand Palais sont hantés d’une foule de chimères fugitives : les songes d’Odilon Redon, qui ne colore son œuvre énigmatique qu’à la cinquantaine passée.

Allure conformiste de ce précurseur du symbolisme, mais les fusains, pastels, peintures, estampes et dessins exposés (près de 280) de celui abandonné dès sa naissance en 1840 à une nourrice sont plus inventifs. À l’impressionnisme en plein essor, l’ami de Huysmans préfère être à rebours : son art onirique est à l'opposé de l'attachement constant au réel qui caractérise notamment Monet, qui naît six mois après lui. Point de ballerines, de gares ou de canotiers chez ce dépressif chronique, mais des têtes coupées qui flottent en constellations, l’anachronique arachnée et l’obsessionnel œil énucléé. Le premier recueil lithographique d’Odilon Redon, Dans le Rêve, qui date de 1879, repose sur la conception de l'art de Baudelaire ou de Delacroix : les mythes et les symboles. Odilon Redon, après avoir vécu la vie du héros de l’Éducation sentimentale, joui des voyages et des rentes, explore les méandres de son inconscient tourmenté, ses paysages intérieurs peuplés de tempêtes et de démons.
L’œil noir de Mallarmé, la nuit du tombeau de Gérard de Nerval et le Soleil noir de la mélancolie apparaissent dans les brumes du fusain de l’artiste du subconscient initié au secret du clair-obscur par Rodolphe Bresdin. Cyclope, centaure, satyre et sirène partagent dans ses Noirs (fusains, dessins et lithographies réalisés principalement entre 1870 et 1890), ses imaginations suspendues entre l’ombre et la clarté, leur monde céleste et leurs paysages de solitude avec l’araignée rigolarde, qui nous trotte dans le crâne, et le dentier volant. Le Prince du Rêve ressemble au Prince d’Aquitaine à la Tour abolie. Ses visions inspirées par les textes de Poe ou de Flaubert prennent aussi la forme des Fleurs du mal de Baudelaire, de figures hybrides, à la fois serpents et chevaux, invertébrés et humains.
En pleine révolution darwinienne, Odilon Redon nous livre sa science des rêves : « toute mon originalité consiste à faire vivre humainement des êtres invraisemblables selon les lois du vraisemblable. »
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